Le diabète est une maladie qui peut toucher un large spectre de personne (enfant ou adulte) et peut facilement imposer un traitement à vie dès sa découverte. Une personne atteinte de cette pathologie peut avoir besoin d’une injection d’insuline pour réguler sa glycémie dès lors que son état de santé ne permet pas de pratiquer une activité physique, et les médicaments pour traiter le diabète ne sont pas en mesures de maintenir son taux de sucre dans le sang. La découverte de l’insuline a été vue avec un œil sceptique mais ce composé figure désormais parmi les traitements phares pour traiter et gérer le diabète.

L’insuline : qu’est-ce que c’est ?

L’insuline est une hormone produite par le composant endocrinien du pancréas (cellules β situés dans les îlots de Langerhans), qui subit un processus biochimique très complexe avant de devenir “parfait”. La principale fonction de l’insuline est de métaboliser le glucose dans le sang, mais elle remplit également d’autres fonctions : synthèse du glycogène, transport des acides aminés et du glucose, synthèse des acides nucléiques, synthèse des protéines, conversion du glucose en triglycérides. Une personne qui n’est pas diabétique sécrète de l’insuline en permanence et régulera donc directement la glycémie dans le sang. Durant un repas, surtout lorsque l’ingestion de glucides est importante, la glycémie s’élèvera automatiquement et ré-atteindra un niveau normal grâce à l’action de l’insuline, et le glucose se converti plus tard en réserves d’énergie. Les personnes diabétiques possèdent un système de production d’insuline déficient, par ailleurs :

  • Un patient souffrant du diabète de type 1 est considéré comme insulino-dépendant, car l’injection d’insuline est obligatoire pour réguler la glycémie
  • Un patient atteint du diabète de type 2 est insulino-requérants car l’insulinothérapie n’est indispensable que lorsque le médecin qui évalue la capacité du pancréas à produire l’hormone conclue que la quantité d’insuline est insuffisante.

Le diabète étant une maladie évoluant directement avec l’état de santé du patient, le pancréas de ce dernier peut donc ne plus être en mesure de réguler sa glycémie avec l’âge. L’injection d’insuline devient alors indispensable pour compenser la perte de performance du pancréas et l’administration d’une dose quotidienne d’insuline représente dans certains cas l’unique alternative aux patients diabétiques.

L’histoire de l’insuline

La découverte de l’insuline est liée au nom de Nicolae Constantin Paulescu, un scientifique roumain de Bucarest, qui a obtenu un brevet pour avoir découvert la “pancréaïne”. Quelques temps plus tard, cependant, deux chercheurs américains, le Dr Frederick Grant Banting et John James Rickard Macleod (qui dirige l’Institut de physiologie de l’Université de Toronto) ont publié dans une revue scientifique de renom un essai faisant référence à une expérience réalisée sur un chien diabétique citant que l’utilisation d’extrait d’eau pancréatique permet d’obtenir une normalisation des taux de glucose dans le sang.

La rencontre entre les deux s’est déroulée comme suit : à son retour de France, où il a participé à la guerre en mettant à profit ses compétences chirurgicales, Banting s’est retrouvé par hasard en 1920 à lire un article scientifique écrit par un certain Moses Barron, qui, au sujet du “diabète”, fait référence à une expérience sur les canaux pancréatiques des chiens : même si la traduction des termes latins le mettait en difficulté, l’intuition de Banting était forte et précise.

Déterminé à divulguer sa découverte pour la rendre concrète, Banting réussit à obtenir une rencontre avec John James Rickard Macleod, qui dirige l’Institut de physiologie de l’Université de Toronto. Le 7 novembre 1920 : Banting expose à la chaire le projet qu’il a en tête. Macleod, qui est un expert du métabolisme des glucides, est d’abord perplexe, puis cède à l’insistance et à l’enthousiasme de Banting. Plus tard, il deviendra son plus précieux supporter et collaborateur. Elle ouvre alors un long chemin de controverse, car les deux chercheurs ne font rien d’autre que mettre en pratique la découverte révolutionnaire de Paulescu, qui s’est produite quelque temps auparavant. Banting et Macleod poursuivent leurs expériences, approfondissant les résultats obtenus.

La première utilisation de l’insuline

L’utilisation de l’insuline s’est déroulée le 11 janvier 1922 pour traiter le diabète chez un être humain : à l’université de Toronto, l’endocrinologue Frederick Banting a donné une injection d’insuline bovine à Leonard Thompson, 14 ans. Banting et John James Richard Macleod, son collaborateur, ont reçu le prix Nobel de médecine en 1923. Le garçon était notamment hospitalisé pour un diabète en phase terminale depuis décembre 1921. Leonard reprend alors sa vie comme d’habitude, mais meurt en 1935 des suites d’un accident de moto.

D’autres enfants sont sauvés du diabète grâce au traitement de Banting et l’insuline est acclamée comme la “découverte du siècle”. Toutes les protestations et les controverses sur les travaux des deux chercheurs sont inutiles : le Comité Nobel de Stockholm pour le prix Nobel de physiologie et de médecine les récompense tous les deux.

La découverte de la fonction régulatrice de l’insuline sur la glycémie a motivé la recherche médicale à développer des méthodes pour la produire en laboratoire, et l’hormone synthétique est presque identique à l’insuline secrétée par le pancréas humain. La prise de médicaments destinée au traitement du diabète a été rapidement dépassé par l’insulinothérapie qui peut par ailleurs être couplée à différent traitements analogues.

Le traitement par l’insuline : la base ou le substitut au traitement du diabète

Le patient diabétique recevant un traitement à l’insuline peut également consommer des médicaments antidiabétiques, mais dans la plupart des cas, l’insuline est généralement suffisante. En revanche, pour assurer qu’un seul traitement rentre en vigueur, les habitudes de vie du patient (stress, activité physique, alimentation, etc.) devront s’adapter pour stabiliser la dose d’insuline à recevoir. Plusieurs patients peuvent également se montrer réticentes aux injections d’insuline (peur des aiguilles, hypoglycémies soudaines, etc.), mais il faut souligner que le traitement à l’insuline, ou insulinothérapie, reste à ce jour le moyen le plus efficace pour contrôler la glycémie d’un patient souffrant d’un diabète de type 2.

Le patient qui souhaite recevoir des injections d’insuline devra aussi recevoir une formation auprès d’un professionnel dans un centre de santé. En effet, le médecin devra lui enseigner les étapes pour administrer correctement l’injection sous-cutanée, et puisque l’insuline est une hormone qui réduit significativement le taux de glycémie dans le sang, le patient devra anticiper donc les épisodes d’hypoglycémie.

En outre, le seul revers de l’insulinothérapie par rapport aux traitements demandant l’administration d’un médicament classique reste simplement le fait que les patients diabétiques auront un risque de faire une hypoglycémie accrue. Une erreur de dosage d’insuline peut également survenir pour les patients en début de traitement, la consommation d’un repas trop faible en glucides et la pratique d’une activité physique couplée à l’insulinothérapie peut facilement et rapidement causer une hypoglycémie. Dans ce cas, les patients devront impérativement apprendre à pratiquer l’auto surveillance de leur glycémie tous le jours selon les recommandations du médecin.

Les familles d’insuline et les schémas d’injections

L’insuline peut être commercialisée sous différentes formes, en effet, il existe différentes familles d’insulines qui sont principalement réparties en plusieurs catégories, selon la durée de l’effet et la rapidité de l’action :

  • Les analogues lents
  • Les insulines rapides
  • Les insulines retard
  • Les mélanges d’insuline

Cette diversité d’insulines retrouvées sur le marché permet notamment d’adapter le traitement avec précision en fonction du profil du patient (âge, poids, mode de vie, état clinique, etc.). L’objectif de l’insulinothérapie et la prise de médicaments reste le même, c’est-à-dire limiter les variations importantes de la glycémie du patient sur 24 heures.

Les injections sont réalisées à l’aide d’une seringue ou un stylo-injecteur sur lesquels la dose est directement réglée par le patient ou le médecin. Il existe également la pompe à insuline qui peut être implanté chez le patient pour une injection d’insuline en continu. Les schémas d’injections sont en revanche prescrites par le médecin selon le diabète du patient, son besoin en insuline et son mode de vie en général. Par exemple :

  • L’insuline basale ou l’insuline pour vivre nécessite uniquement que 2 injections par jour d’insuline lente, et dans le cas où le patient a opté pour une pompe à insuline, cela représente le débit de base.
  • L’insuline de correction ou l’insuline pour manger qui impliquent l’injection d’insuline rapide qui corrigera la glycémie si celle-ci est trop élevé.

L’utilisation de l’insuline a d’ailleurs permis de mettre en place l’insulinothérapie fonctionnelle qui vise à ajuster le traitement pour reproduire l’insulinosecrétion naturelle du pancréas du patient grâce aux injections, ce qui peut tout à fait éliminer les effets indésirables d’une dose excessive d’insuline ainsi que les complications du diabète.

Insuline : une découverte contestée

Les précédentes recherches de Paulescu se sont soldées par l’oubli. Collaborateur de Banting et Macleod, Charles Herbert Best publie une lettre dans laquelle il écrit qu’après tout, les deux chercheurs n’ont fait que confirmer la découverte de Paulescu, en reproduisant les résultats en laboratoire. Cette lettre a été rendue publique le 15 octobre 1969.

Certains universitaires répondent toutefois à juste titre qu’en Roumanie, où Paulescu travaillait, il n’y avait certainement pas de possibilité de rendre une telle découverte opérationnelle. C’est pourquoi les études des deux chercheurs américains ont été providentielles pour aboutir à l’insuline thérapeutique, celle testée par la société pharmaceutique américaine “Lilly”, grâce à laquelle on peut aujourd’hui vaincre le diabète. La paternité de cette découverte est finalement revendiquée par l’Américain Israel Kleiner mais comme toutes les grandes découvertes de l’histoire de la recherche scientifique médicale, l’insuline est aussi très contestée.